Nietzsche - philosophe-poète intempestif.

 

Lorsque j'étais étudiante j'ai découvert Nietzsche et commencé à le lire. J'ai ressenti une joie intense, une grande exaltation à lire ses aphorismes puissants, gais, provocateurs, abrasifs, parfois furieux, le plus souvent dérangeants. Ils ont du toucher un noyau psychique semblable en moi qui le comprenait parfaitement. C'est toujours une jubilation que de trouver sous ses yeux les mots dont la justesse vous percute et que vous n'avez pas su exprimer vous même.

Je n'étais pas forcément d'accord avec tout ce qu'il écrivait mais le bonheur qu'il me donnait effaçait les objections éventuelles et bien que je ne l'aie pas relu depuis fort longtemps je garde pour ce génie une vraie tendresse, prête à lui pardonner tous ses excès.

 

Je m'inspirerai beaucoup pour l'analyse de son thème astral du livre de Rudolf Steiner "Friedrich Nietzsche, un homme en lutte contre son temps".

Voici ce que Steiner écrit au début de son livre et que je pourrais reprendre mot pour mot à mon compte (en restant à ma modeste place bien entendu) : "J'appartiens aux lecteurs de Nietzsche qui, dès qu'ils en ont lu la première page, savent avec certitude qu'ils les liront toutes et qu'ils écouteront chaque parole qu'il ait pu dire. J'eus dès le début confiance en lui... Je le comprenais comme s'il avait écrit pour moi. Si je puis m'exprimer ainsi, clairement, mais de façon immodeste et déraisonnable...On peut parler ainsi et être bien loin de se considérer comme un "adepte" de la conception nietzschéenne du monde. Pas plus loin d'ailleurs que Nietzsche l'était de se vouloir de tels disciples".

 

Ceci étant dit penchons nous maintenant sur le thème natal de ce philosophe exceptionnel et singulier que fut F. Nietzsche.

C'est un exercice périlleux car j'ai bien conscience qu'on n'entre pas de "plein pied" dans la structure psycho-astrologique d'un homme aussi intelligent et complexe, c'est pourquoi le livre de l'anthroposophe R. Steiner me sera d'un grand secours.

 

Friedrich Nietzsche est né en Allemagne à Roegen le 15 octobre 1844 à 8h41 (TU) et mort à Weimar le 25 août 1900, à presque 56 ans, 11 ans après avoir sombré dans l'aliénation mentale.

 

Il est Balance Ascendant Scorpion et ce que l'on remarque d'emblée c'est la position du maitre de l'AS, Pluton, en opposition partile au Soleil (au même degré : 22°).

Cette configuration planétaire exacte pose problème car elle est extrêmement dangereuse pour la vitalité et la conscience du sujet (et l'on sait que plus l'orbe d'un aspect est petite plus la relation entre les planètes aspectées est forte).

Cet aspect possède une puissance potentielle de désintégration du "noyau atomique" de l'être (Pluton = plutonium = bombe atomique).

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Située dans l'axe des maisons XI et V c'est l'œuvre de Nietzsche qui est porteuse de ces valeurs profondément perturbantes, déstabilisatrices, explosives et engendrées en vue d'une transmutation des consciences.

 

Voilà ce qu'en dit l'encyclopédie Larousse : " Nietzsche fut le penseur qui soumit à un doute radical (Pluton) tout l'acquis de la pensée occidentale, de Platon à Descartes".

Mais, comme chez tout grand créateur, la créature et le créateur se confondent, l'éclatement des valeurs véhiculé dans son œuvre finira par faire sombrer le penseur.

 

L'Ascendant Scorpion et Pluton font référence aux pulsions archaïques, aux instincts de vie et de mort, aux capacités de destruction et de régénération de l'être.

Or Nietzsche est bien un instinctif. Il dit "flairer" les gens jusqu'aux tréfonds de l'âme. C'est aussi son instinct qui le fait réagir aux pensées des intellectuels ou des philosophes de son temps comme de la Grèce antique.

Steiner dit à ce propos : "il se détourne avec une répugnance instinctive des plus importantes idées de la civilisation dans laquelle il a évolué".

Puis plus loin : "Lorsque Nietzsche parle d'instincts, il parle aussi bien des pulsions de nutrition et d'autoconservation présentes chez les animaux que des motivations supérieures de la nature humaine".

 

Pluton est aussi la planète qui "pousse" à voir les mobiles cachés des actions, à aller au fond de soi même, écoutons encore Steiner : " Nietzsche lorsqu'il se trouva lui même, fut à même de reconnaitre dans leur originalité ses instincts dirigés vers l'en-deça"... L'en-deça est ce royaume souterrain, inconscient, mystérieux dont Pluton est le maitre incontesté dans la tradition astrologique (et chez les Grecs c'est Hadès, Dieu des enfers).

De même lorsque Steiner exprime que : " Nietzsche veut désormais connaitre non seulement le côté ensoleillé des choses (Soleil) mais aussi le côté ombre (Pluton). Quelle meilleure image peut-on tirer d'une opposition Soleil-Pluton ? C'en est stupéfiant ! C'est de cette aspiration que naquit le livre "Le voyageur et son ombre". 

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Pluton symbolise, outre les instincts (notamment celui de survie), le pouvoir, la puissance, le magnétisme.

Nietzsche en parle ainsi : "La pensée consciente (Soleil) d'un philosophe est en majeure partie secrètement (Pluton maitre de l'AS et de la maison XII) conduite par ses instincts (Soleil opposé à Pluton)....les philosophes croient que l'ultime mobile de leur action est la recherche de la vérité. Ils le croient par incapacité à appréhender le fondement de la nature humaine (Pluton). En réalité la recherche de la vérité est guidée par la volonté de puissance".

La volonté de puissance, un des leitmotivs de la pensée nietzschéenne, est une illustration flagrante de son opposition Soleil-Pluton avec l'AS en Scorpion.

Il ne faut pas comprendre ici la volonté de puissance comme un désir de domination mais comme la force créatrice (une autre des capacités plutoniennes mais aussi solaire bien sûr) qui anime le "surhomme". Le surhomme étant pour Nietzsche l'individu souverain qui sait vivre conformément à sa nature, qui cherche en lui même, et non dans une fin extérieure ou supérieure à lui même, le but et le sens de son existence.

 

Dans son livre "Ainsi parlait Zarathoustra", deux animaux symbolisant ses instincts l'accompagnent : le serpent et l'aigle. Or ces deux animaux sont en connexion étroite avec le signe du Scorpion.

L'aigle planant au dessus des cimes est considéré comme l’évolution du signe du Scorpion, il figure parmi les 4 "animaux" sacrés (le Lion, le Taureau, l'Aigle et l'Homme) représentant les 4 évangélistes et les 4 signes fixes en astrologie tropicale (Lion, Taureau, Scorpion, Verseau).

Quant au serpent il est souvent associé au Scorpion car l'un comme l'autre sont des emblèmes de sexualité et renaissent de leurs mues. De nombreuses cultures (Grèce, Égypte, nations amérindiennes…) ont fait de ce reptile un symbole d’intelligence, de ruse, de magie et de sagesse.

Le serpent est considéré comme l'animal le plus intelligent et l'aigle le plus fier.

Et voici la vision prémonitoire que nous transmet Nietzsche : "Si un jour mon intelligence m'abandonne - hélas elle aime à s'envoler - puisse alors la fierté rester la compagne de ma folie".

 

J'aime à penser que c'est cette fierté, dans le sens le plus noble du terme, qui auréolait le front de ce génie aliéné auquel Steiner rendit visite et qu'il décrivit en ces termes magistraux : " Nietzsche reposait sur un sofa, perdu dans les ténèbres de son esprit ; son front était magnifique, un front d'artiste et de penseur tout à la fois (Soleil et Mercure en Balance)... Ses yeux éteints mais encore pénétrés d'esprit ne transmettaient plus à l'âme d'image du monde extérieur. On était là devant lui et Nietzsche n'en savait rien. Et pourtant on aurait encore pu croire, en voyant ce visage transfiguré, qu'il était l'expression d'une âme qui avait médité toute la matinée et qui prenait maintenant un peu de repos... Et ainsi apparut à mon âme l'âme de Nietzsche comme planant au-dessus de sa tête et nimbée des plus belles lueurs de l'esprit, librement abandonnée à des mondes spirituels qu'elle avait, avant de sombrer dans la folie, ardemment désirés, mais qu'elle n'avait pas trouvés, encore attachée au corps qui ne connaissait son existence que dans la mesure où ces mondes spirituels constituaient l'objet de sa nostalgie....J'admirais ce que Nietzsche avait écrit, mais je contemplais maintenant, au-delà de mon admiration, une image resplendissante de lumière".

 

L'intelligence brillante de Nietzsche se lit dans l'opposition serrée Mercure-Uranus. Uranus, en tant qu'octave supérieure de Mercure confère aux idées de Nietzsche une fulgurance, une inspiration touchant au génie, mais aussi une forme d'intransigeance, un ton péremptoire, accentués par les positions d'Uranus dans le signe belliqueux du Bélier, de Mercure en conjonction au batailleur Mars, lui même en opposition à l'excessif Jupiter !

Cette figure planétaire (double conjonction et double opposition : Mercure-Mars opposés Jupiter-Uranus) est particulièrement explosive et rend compte de ses polémiques, de ses contre-pieds, de ses colères, de ses fureurs même envers les adversaires qu'il s'était choisis. Son caractère irascible et tonitruant apparait nettement dans ses "Considérations inactuelles (ou intempestives)". Lui même se considérait comme une personnalité intempestive, et quel meilleur terme choisir pour décrire cet aspect regroupant 4 planètes dont 3 à fort tempérament !

 

On reste frappé par le nombre d'oppositions et surtout par leur précision dans le thème de Nietzsche. Ces aspects de tension semblent l'avoir conforté dans son esprit de contradiction, sa capacité à passer d'un extrême à l'autre (de l'abattement  le plus profond à l'exaltation et la joie intense) et dans sa lutte permanente pour sa santé physique et mentale.

Le problème des oppositions est la difficulté de concilier les deux pôles représentés par les deux planètes en vis à vis : lorsque l'une s'exprime l'autre se tait ou si les deux s'expriment leur voix est dissonante.

 

R. Steiner exprime, à mon sens, l'effet de ces oppositions sous cette forme très juste : "Un phénomène extrêmement frappant de la vie spirituelle de Nietzsche est le dédoublement de la conscience de soi, dédoublement toujours latent mais parfois clairement apparent....Il ne peut maintenir l'équilibre entre ces deux âmes. Ses polémiques ne sont guère explicables d'un autre point de vue".

 

Dans le "Gai savoir" voici comment Nietzsche lui même s'exprime (et exprime sans le savoir son opposition Soleil-Pluton) : " Vivre, cela veut dire : rejeter sans cesse loin de soi quelque chose qui tend à mourir ; vivre , cela veut dire : être cruel et inexorable pour tout ce qui en nous n'est que faible et vieilli, et pas seulement en nous."

 

Ces diverses oppositions planétaires expliquent aussi pour moi comment, après avoir adoré Wagner et Schopenhauer, Nietzsche s'est complètement détourné d'eux (j'aimerais dire à 180°) et a combattu avec virulence leur vision du monde : celle de Wagner pour son romantisme et son nationalisme, celle de Schopenhauer pour son "idéalisme ascétique" et son pessimisme.

Lorsque dans "Ainsi parlait Zarathoustra" il nous parle de la désillusion des hommes nobles en ces termes : « Hélas ! j'ai connu des hommes nobles qui perdirent leur plus haut espoir. Et dès lors ils calomnièrent tous les hauts espoirs», n'est-ce pas de lui même qu'il parle ? N'est-ce pas la chute du piédestal sur lequel Nietzsche avait placés Wagner et Schopenhauer qui le fit critiquer et vilipender leurs hauts idéaux ?

 

Nietzsche est très sensible à ses états physiologiques (en liaison avec la Lune) qu'il met en relation avec la température et l'humidité extérieures, ce qui explique ses nombreux déplacements (Lune en Sagittaire). Il tient d'ailleurs le changement de ses modes de penser pour le résultat de modifications de ses états corporels (Lune en maison I en sextile à Mercure et trigone à Uranus).

Dans son livre autobiographique "Ecce Homo" Nietzsche raconte comment il a tiré de sa maladie (il souffrait de violentes migraines accompagnées de troubles oculaires (Pluton maître d'Ascendant en Bélier) et de vomissements) l'impulsion nécessaire à l'élaboration en lui même d'une vision optimiste du monde. "Mais qu'on n'y prenne garde, les années de ma plus basse vitalité furent celles où j'ai cessé d'être pessimiste : l'instinct d'auto-guérison m'interdit d'avoir une philosophie de la pauvreté et du découragement" nous explique-t'il.

On comprend mieux alors sa philosophie du surhomme, de l'éternel retour, et surtout de l'esprit dionysiaque qui tire de lui même toutes les impulsions de ses actions et n'obéit à aucune puissance extérieure.

Le sage dionysiaque est un esprit libre (Mercure-Uranus), un créateur (Soleil-Pluton) devenu un avec sa connaissance et qui traverse la vie légèrement comme un danseur.

Dans le prologue de son chef-d'œuvre "Ainsi parlait Zarathoustra" Nietzsche a cette singulière et superbe formule poétique : "Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante" (Pluton = chaos, Soleil Balance = étoile dansante).

Il dit aussi plus loin : "Il te faudra te consumer à ta propre flamme ; comment naîtras-tu de nouveau si tu ne t'étais d'abord consumé ?" (opposition Soleil-Pluton, AS Scorpion).

Tout le tragique de sa vie me semble concentré dans ces paroles inspirées.

 

Mais revenons à la Lune qui représente non seulement son état physiologique mais aussi sa vie émotionnelle et ses relations avec les trois femmes de sa vie : sa mère, sa sœur Elisabeth et l'indépendante Lou Andreas Salomé.

Sa Lune Sagittaire en maison I conjointe au Nœud Nord indique l'importance pour lui de suivre ses instincts, d'écouter son corps, de vivre sainement, au grand air : ses inspirations lui venaient souvent lors de ses longues promenades. Il semblerait qu'il ait fait sienne sa part féminine sous une forme qu'il exprime ainsi : "Un créateur constant, une sorte "d'homme maternel" au grand sens du terme, qui n'aurait plus d'autres soucis que ceux des grossesses et des accouchements de son esprit, qui n'aurait pas même le temps de réfléchir ni à lui même ni à son œuvre...peut être pareil auteur en viendrait-il à produire des œuvres dont depuis longtemps déjà il ne serait plus capable de juger la portée...Voilà, me semble-t'il, chez des artistes féconds, le rapport presque normal avec leurs œuvres - nul ne connait plus mal leurs enfants que ses propres parents - ".

 

Rien n'est simple dans la vie émotionnelle de Nietzsche.

La Lune, maitresse de la maison VIII interceptée (maison, je le rappelle, des crises, de la mort et des transformations) est opposée (encore une opposition) à la Lune Noire (moyenne) au Nœud Sud en maison VII. Rappelons que Nietzsche est Balance, signe en analogie avec la maison VII (maison des relations aux autres, des associés, du mariage et des ennemis déclarés). En outre Vénus, maitresse de la maison VII, est en carré à l'axe des Nœuds et à la Lune Noire. Ces configurations n'apparaissent guère propices à des relations harmonieuses et sereines avec les femmes.

Ecoutons Nietzsche : "Quand je cherche mon plus exact opposé, l'incommensurable bassesse des instincts, je trouve toujours ma mère et ma sœur ".... Amer et terrible constat !

 

Lou salomeQuant à la jeune Lou Andreas Salomé qui représenta un idéal féminin (Lune opposée Lune Noire) pour Nietzsche et la seule femme avec laquelle il aurait pu concevoir une relation sentimentale, elle refusa par deux fois ses propositions de mariage (Lune Noire en VII carré Vénus). Leur relation restera un amour platonique, une relation de maître à disciple, que sa sœur jalouse s'acharna à détruire. Et comment aurait-il pu en être autrement avec la Vénus de Lou Salomé sur le Saturne de Nietzsche au tout début du Verseau et réciproquement le Saturne de Lou sur la Vénus de Nietzsche à 6 et 7° de la Vierge ! Sans oublier le caractère extrêmement indépendant de Lou Salomé souligné par Uranus maitre de son Soleil et de sa Vénus en Verseau !

L'année de leur rencontre (1882) est marquée - facétie du destin - par les transits de la Lune Noire et d'Uranus sur la Vénus de Nietzsche (Vénus, rappelons le, maitresse de sa maison VII et de son Soleil et son Mercure en Balance) : rencontre foudroyante de la femme fatale (d'autant plus que l'Uranus natal de Lou est en conjonction avec la Lune Noire / Nœud Sud de Nietzsche révélant une relation karmique électrique et douloureuse entre ces deux êtres singuliers).

Là encore l'adoration de Nietzsche pour la brillante Lou se transforma, après leur rupture, en une aversion radicale (du statut de "haute âme" courageuse comme un lion elle passa à celui de petit singe décharné et nauséabond) : effet pervers de sa Lune Noire en VII opposée à sa Lune et en carré à Vénus, Vénus elle même en sesqui-carré à Pluton (la répulsion).

 

Le double sesqui-carré de la Lune et Vénus à Pluton assorti du double demi-carré des deux planètes féminines au Soleil de Nietzsche forment une figure planétaire très puissante et particulièrement difficile à gérer que l'on nomme "doigt du monde".

Je ne développerai pas ici sa signification car Grégory Hagnéré l'a fait très bien, je dirai juste comme lui que cet aspect reflète les désillusions amoureuses de Nietzsche, l'aridité de sa vie affective et la complexité de ses relations familiales exclusivement féminines puisqu'il perdit son père alors qu'il n'avait que deux ans.

 

La Lune maitresse de la maison VIII (la mort) en I (la personnalité) opposée à la Lune Noire (le vide) dénote une pulsion annihilatrice latente (pour ne pas dire suicidaire) qui s'exprime dans ces paroles de Zarathoustra : "Oh Zarathoustra ! Toi qui te connais toi même ! Toi qui te pends toi même !".

 

A la naissance de Nietzsche l'étoile Antares (Alpha Scorpii ou le cœur du Scorpion) se trouvait à environ 7° du Sagittaire, donc en étroite conjonction avec sa Lune.

Je reste un peu méfiante quant à l'interprétation des étoiles fixes qui apposent une sorte de sceau, de déterminisme à la destinée, mais il me semble que leur rayonnement, qu'il soit maléfique ou bénéfique, n'est pas sans effet. Voilà comment elle est interprétée : Antares donne de la violence, l'ambition du pouvoir et la rapacité selon Fludd, la destruction de soi-même par sa propre obstination selon Robson. Cette étoile est dangereuse en conjonction avec Soleil (c'est le cas de Jacques Chirac), Lune, maître de l'Ascendant, maître de la maison VIII ou dominante à l'Ascendant, d'autant plus qu'elle est mal aspectée : ce qui est le cas pour Nietzsche. Cependant cette conjonction Lune-Antarès (conjonction relative puisque l'étoile n'est pas dans le plan de l'écliptique) reçoit aussi de bons aspects : elle est en sextile à Mercure (développement de l'imagination, de l'aisance à s'exprimer à l'oral comme à l'écrit), en sextile également à Saturne (patience, rigueur, responsabilité) et trigone à Uranus (aspiration à la liberté, besoin d'indépendance, intensité des émotions). 

 

Il y aurait beaucoup à dire aussi sur sa sœur Elisabeth, autre figure lunaire du thème de Nietzsche. Elle idéalisait son frère et lui vouait un culte, un amour exclusif qui se mua en passion dévorante. Jalouse de l'amour que son frère portait à Lou Salomé elle fit tout pour le faire rompre et y parvint, quitte à utiliser la calomnie (Neptune rétrograde en maison III en carré au DS, Uranus maitre de III en Bélier opposé à Mercure-Mars). 

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Après que Nietzsche eut sombré dans la folie, il fut recueilli par sa mère puis par sa sœur qui devint dépositaire de ses derniers manuscrits et chercha à imposer une interprétation de sa pensée qui allait dans le sens de ses propres convictions aryennes (elle adhèrera au parti national-socialiste). Elisabeth n'hésita pas pour cela à jouer les faussaires en réécrivant certains aphorismes* (toujours Neptune R en Verseau en maison III au carré de l'axe AS/DS). 

Sa soeur a fait en cela un tord considérable à la mémoire de Nietzsche car nombreux sont encore nos contemporains à croire que Nietzsche fut le philosophe de l'antisémitisme et du nazisme (on ne peut cependant nier que les nazis se servirent de sa pensée pour étayer leur thèse de la race supérieure).

Lorsqu' Elisabeth se maria avec l'antisémite Förster, Nietzsche écrivit à sa sœur :  "C'est pour moi une question d'honneur que d'observer envers l'antisémitisme une attitude absolument nette et sans équivoque, savoir : celle de l'opposition, comme je le fais dans mes écrits....Ma répulsion pour ce parti (qui n'aimerait que trop se prévaloir de mon nom !) est aussi prononcé que possible, mais ma parenté et le contrecoup de l'antisémitisme de mon ancien éditeur, ne cessent de faire croire aux adeptes de ce désagréable parti que je dois être un des leurs. Combien cela me nuit et m'a nui, tu ne peux pas t'en faire une idée....".

Les propos de Nietzsche sont on ne peut plus clairs !

 

Avant de terminer cette analyse, je voudrais revenir sur ce jour fatidique où Nietzsche sombra dans la folie. C'était le 3 janvier 1889 à Turin, et l'on raconte comment, à la vue d'un cheval maltraité par son cocher, il enlaça l'encolure de l'animal et éclata en sanglots, interdisant à quiconque d'approcher le cheval.

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Faut-il voir dans sa Lune en Sagittaire (signe dont le symbole est un centaure : créature grecque mi-cheval, mi-homme) opposée à la Lune Noire conjointe à la Queue du Dragon (Noeud Sud en Gémeaux) le funeste déclencheur d'un dérèglement mental enkysté dans une ancienne mémoire ?

"Pour le fort rien n'est plus dangereux que la pitié" : cette phrase énigmatique de Nietzsche sonne rétrospectivement comme un terrible pressentiment...

Les jours suivants il hurle et chante sans cesse, prétendant être le successeur de Napoléon pour refonder l'Europe. Au début de cette folie, Nietzsche s'identifia aussi aux figures mythiques et mystiques de Dionysos et du Christ, symboles pour lui de la souffrance et de ses deux interprétations les plus opposées**. Quelques années après il s'enfermera définitivement dans le silence puis dans un état végétatif jusqu'à sa mort.

 

Dans le thème de ce terrible 3 janvier 1889 on ne peut que constater l'analogie entre l'état mental de  Nietzsche et les aspects formés par Saturne et les planètes trans-saturniennes.  Nietzsche

Tout d'abord Neptune, planète symbolisant la folie mais aussi la pitié, la compassion et le mysticisme (le délire mystique dans le cas de Nietzsche), maitresse de la maison IV représentant les conditions de fin de vie, Neptune donc se trouve en carré à sa position natale annonçant une rupture d'équilibre psychique, et se rapproche de l'inquiétant Pluton, maitre des enfers (et de la personnalité de Nietzsche par sa maitrise de l'Ascendant).

Ensuite Saturne, en grand maitre du karma, se place, tel un juge ou un créancier, en face de Neptune natal formant avec ce dernier un double carré à l'axe AS-DS : le moi semble pris en tenaille entre rigueur et dérèglement, raison et déraison, structure et chaos et commence à se fissurer.

Le coup final et sans doute fatal est assené par le foudroyant Uranus en transit presque exact sur le Soleil natal de Nietzsche et donc forcément en opposition toute aussi exacte à Pluton, cet aspect étant au double carré de l'axe des Noeuds lunaires du jour : le gouffre infernal s'ouvre sous les pieds de Nietzsche, avalant le Soleil éclaté de sa raison.

Pour enfoncer le clou, Pluton transite au Noeud Sud natal accompagné, mais oui, comme à la naissance de Nietzsche, par la Lune Noire confirmant par là même, si l'on avait encore un doute, la nature karmique de ce naufrage de l'esprit.

 

Les hypothèses sur l'origine de la folie de Nietzsche sont nombreuses.

Une de celles qui parait la plus plausible car émanant du diagnostic du neurologue et psychiatre suisse Otto Binswanger, qui s'est occupé de lui lors de son internement, est que Nietzsche ait présenté une démence vasculaire : la maladie de Binswanger comparable à la leucoaraiose (démence vasculaire sous-corticale qui, de céphalées répétées, évolue vers des troubles cognitifs de plus en plus marqués, des troubles de l'humeur (dépression) et un désintérêt pour ce qui l'entoure)**. D'autres prétendent que Nietzsche était atteint d'une psychose maniacodépressive voire de schizophrénie car il avait des hallucinations auditives et visuelles (il fit un délire hallucinatoire notamment lors de sa rupture avec Lou Salomé).

Plus récemment, un médecin, le docteur Leonard Sax, directeur du Montgomery Centre for Research in Child Development, a montré que Nietzsche avait en réalité une tumeur cérébrale. L'autopsie du père de Nietzsche (décédé à 36 ans) avait déjà montré la présence d'une tumeur au cerveau. 

 

Pour Steiner "celui qui se plonge dans la vision du monde de Nietzsche se heurte à de nombreux problèmes qu'on ne peut éclairer qu'avec l'aide de la psychopathologie... Une particularité qui se dégage de toute l'œuvre de Nietzsche est le manque du sens de la vérité objective... A l'époque qui précède l'apparition de la folie totale ce manque s'intensifia en une véritable haine contre tout ce qu'on appelle fondement logique".

En conclusion de son livre, Steiner estime que l'avenir ne tiendra pas Nietzsche pour un philosophe original ou un prophète mais comme un martyr de la connaissance matérialiste de son époque qui traduisit sa souffrance sous forme poétique.

Il me semble cependant que pour l'homme de la rue Nietzsche reste, qu'on l'aime ou le déteste, un très grand philosophe, certainement largement incompris (ou plutôt mal compris).

On lui doit une des maximes les plus citées «Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort», extraite de son essai Le crépuscule des idoles, et je ne peux m'empêcher de penser, avec un pincement au coeur, qu'à un moment donné ce grand homme a peut être présumé de sa force et tiré un peu trop sur la corde...

 

Pour clore cette analyse du thème natal de Nietzsche  (qui reste bien sûr incomplète), j'aimerais citer l'aphorisme placé sur la page de garde de son livre "le Gai Savoir" :

 

"J'habite ma propre maison,

N'ai jamais en rien imité personne,

Et me suis moqué de tout maitre,

Qui ne s'est moqué de soi même"

 

 

* Source : site de l'Encyclopédie Larousse

** Source : Wikipédia

 

Le 18/08/2015

 

Vos commentaires, que vous soyiez astrologue ou non, seront accueillis avec intérêt et plaisir.

Commentaires (1)

beng
  • 1. beng | 24/03/2019
lorsque un regard se plonge longtemps au fond d'un abîme l'abîme aussi regarde en toi

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Date de dernière mise à jour : 29/12/2016

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